L’art de faire un discours authentique
- il y a 4 jours
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Faire un discours est un exercice délicat auquel se prêtent la plupart des dirigeants et managers. Il m’est moi-même arrivé de me prendre les pieds dans le tapis lors d’un discours dans un anglais approximatif reposant sur une série de .gif qui ne s’animaient pas. Un grand moment de solitude, évidemment. Et bien que le ridicule ne tue pas, la prestation m’a valu une perte de crédibilité notoire auprès des salariés du groupe. (note pour plus tard : manier le pouvoir de l’humour avec prudence). Car c’est bien votre crédibilité qui est en jeu lorsque vous prenez la parole en public. Vous vous exposez aux jugements sur votre capacité à donner confiance et à être respecté par vos collaborateurs, d’après Amy Cuddy, professeure à la Harvard Business School.
En tant que dirigeant, manager, vous êtes un modèle. Vous êtes sans arrêt observé. Vos collaborateurs regardent comment vous traitez les autres, ils s’attachent à ce que vous dites. Lorsque vous ennoncez à voix haute vos idées, c’est une partie de la promesse de votre entreprise envers eux qui résonne. S’il y a une dissonance, une rupture de contrat psychologique, comme la nomme Sylvie Guerrero professeure à l’UQAM de Montréal, alors vous perdez l’attention de votre auditoire, voire l’engagement de vos salariés. J’en ai fait l’expérience, il y a plusieurs année. J’écoutais attentivement notre nouveau directeur général, un homme inspirant et intelligent, qui venait de reprendre l’entreprise bienveillante et familiale que j’avais rejoint plusieurs années auparavant. Lors de son premier discours à l’équipe, il avait choisi de citer Churchill, nous promettant « de la sueur, du sang et des larmes ». A mes yeux, cette citation l’avait rendu plus bourrin qu’il ne l’avait montré jusque là, révélant un nouvel aspect de sa personnalité. Son discours avait surtout prouvé que le contrat psychologique induit avec l’ancienne philosophie d’entreprise était rompu.
Alors, la semaine dernière, lorsque Nathalie, une amie dirigeante m’a envoyé un .gif de Bob l’éponge apeuré, la vieille de son discours devant une centaine de chefs d’entreprises, j’ai décidé d’écrire ce numéro de La Lettre de Platypus sur l’art de faire un bon discours.
Les TEDx, Keynotes Apple et autres talks à l’américaine nous poussent depuis des décennies à être ce leader capable de faire le show sans note et d’embarquer son auditoire avec une simple punchline. Est-ce donné à tout le monde ? Oui, avec de l’entraînement. J’ai tenté le challenge lors des CJDx en 2021, j’ai adoré l’expérience même si le format nous enlève une part d’authenticité (j’y reviendrai). Ce qui explique sans doute l’engouement des jeunes diplômés de l’ESSEC, d’Agro Paris Tech ou d’HEC qui ont préféré donner leur voix au récit collectif lors des discours de remises de diplômes en 2022. Cette génération a sans doute déjà compris pourquoi ces talk-show n’ont rien d’authentique et pourquoi il faut sortir du mythe de l’entrepreneur génie/messie à la Steve Jobs. Rassurant, non ? Je l’espère car nous sommes face à un défi plus grand que la starisation des entrepreneurs de la tech. Le défi de l’authenticité et du discernement. A l’heure de ChatGPT, Claude etc, écrire un discours devient un effort intellectuel et un luxe de temps que nous sommes peut-être prêts à abandonner. Qui peut le dire ?



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