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Parler de mort, c’est encore tabou :Happy End a la formule.

  • 8 juin
  • 4 min de lecture

Rencontre avec Sarah Dumont, fondatrice de Happy End, site d’informations et de formations dédié à l’accompagnement de la fin de vie et du deuil.

 

 

Parler de mort, c’est encore tabou. Mais c’est surtout risqué de ne pas le faire. Le silence autour du deuil est une faute de management. 

Vous avez probablement accompagné un collaborateur dans son retour de burn-out. Vous avez peut-être mis en place une politique d’aidance ou un programme de QVT. Et pourtant, vous n’avez peut-être rien prévu pour ce qui, paradoxalement, nous concerne tous : la mort.

 

> 1 manager sur 3 a déjà été confronté à un salarié en deuil.

> 58% des employeurs n’ont rien prévu pour le décès d’une personne, d’un proche collaborateur.

> 80% des salariés estiment le soutien des RH inadapté, inutile ou inexistant.

 

En entreprise, on prend soin de celles et ceux qui soutiennent, de celles et ceux qui sont disciminés. Mais que fait-on quand celles et ceux perdent la personne qu’ils aiment ? quand celles et ceux disent aurevoir à leur tendre animal ? Souvent : rien. Parce qu’on ne sait pas comment. Parce qu’on ne veut pas « faire de mal ». Parce qu’on a peur.

 

“Je te présente mes condoléances” : cette phrase rituelle n’a pas toujours de sens

 

Sarah Dumont, experte du sujet, conférencière et fondatrice de Happy End, m’alerte :

« On a perdu le mode d’emploi du deuil. Alors, on fait comme si de rien n’était. On remplace la parole par des formules automatiques, ou pire : par le silence. »

 

Pourtant, c’est dans ces instants que tout se joue. Ne pas reconnaître la perte, c’est risquer de blesser la personne.

  • 63% des salariés n’ont pas reçu de soutien de la part des RH suite au décès d’un proche.

  • 11% des salariés quittent leur entreprise dans l’année qui suit un deuil.

Une avocate raconte : « Mon mari est mort. Je suis revenue travailler. Il n’y a eu ni mot, ni fleur, ni regard. J’ai démissionné dans les deux mois. Trop déçue par leur attitude, j’ai eu besoin de partir. »

 

Un deuil ne se range pas dans une case

« Ce n’était qu’un animal. Ce n’était qu’une fausse couche. Ça fait 6 mois maintenant, il est temps de passer à autre chose. » Ces phrases-là, qu’on peut prononcer mécaniquement, sont des gifles.

Le deuil n’a pas de durer, il n’existe aucune hiérarchie du chagrin. Ce qui compte, c’est la place de la perte dans la vie du salarié. Le deuil n’a ni format légal, ni échéance sociale. Il prend son temps. Il est le temps.

 

Ce que vous pouvez faire (et ce que vous ne devez plus ignorer)

Un salarié en deuil n’est pas une charge à gérer. C’est un humain à soutenir. Voici des gestes simples, humains, concrets, inspirés des pratiques que Sarah Dumont recommande aux équipes dirigeantes dans le livre blanc Happy End à télécharger ici :

 

- Informer l’équipe proche, avec le consentement du salarié.

- Manifester votre soutien : message, fleurs, cagnotte. Parfois l’acte compte plus que les mots.

- Prévoir un entretien individuel de retour à l’emploi : pas pour “reprendre comme avant”, mais pour recceuillir les besoins du salarié. Fatigue, mémoire, émotions : tout est chamboulé, il est important de le prendre en compte.

- Aménager l’emploi du temps : télétravail, horaires souples, ajustements. Offrir un temps adapté à ce que vit la personne dans leur quotidien, notamment pour les veufs et veuves parents de jeunes enfants.

- Former les managers au processus et aux impacts du deuil pour qu’ils s’adaptent, accompagnent et repérent les signaux faibles (troubles cognitifs, sommeil, isolement).Happy End vous accompagne si besoin, formation dispo ici

- Rester attentif sur la durée : le vrai creux du deuil peut arriver 8 à 10 mois plus tard.

- Ne pas poser de questions intrusives, mais ne pas fuir non plus : un café, une marche, une main sur l’épaule peuvent suffire à dire votre soutien.

- Instaurer une culture du deuil dans l’entreprise, comme on le fait pour le handicap, les violences ou la parentalité.

 

La peur de “mal faire” ne doit pas vous figer

C’est souvent la peur d’être maladroit qui pousse les collègues… à ne rien dire du tout. Et c’est peut-être ce silence-là, plus que les maladresses, qui blesse le plus.

“La mort abolit la frontière entre vie pro et vie perso. Elle impose un moment d’humanité dans l’entreprise.” – Sarah Dumont

Accompagner le deuil, c’est accompagner un passage. Celui de la vulnérabilité. Celui de la transformation. Une entreprise qui sait tenir cet espace offre une chance immense à son collaborateur : celle de ne pas se sentir seul.

 

Le deuil, un temps pour se réaligner

Certain·es salariés vivent un deuil comme une déflagration intime. Et une reconfiguration professionnelle.

C’est souvent le moment d’un bilan de compétences, de réorientation, de questionnement de sens. Ce n’est pas une trahison ou une faiblesse. C’est un appel à plus de justesse, de cohérence. Une chance, pour peu qu’on l’accompagne.

 

> Un décès impacte 4 à 8 personnes dans une équipe.> Chaque deuil est un appel à humaniser nos organisations.> Le collectif n’est pas la réponse à tout, mais il est l’antidote à l’isolement.

 

Et cet accompagnement commence par une prise de conscience : la mort n’est pas un événement rare, elle fait partie de la vie de l’entreprise. Elle n’est pas un accident périphérique, elle est un point de bascule pour la personne concernée, et un révélateur de la culture collective.

Dire “je ne sais pas quoi dire mais je suis là”, proposer un rendez-vous d’écoute, aménager le retour au travail, envoyer des fleurs, garder le contact dans les mois qui suivent : tout cela ne coûte pas grand-chose. Mais cela change tout. Cela dit à la personne endeuillée : tu n’es pas seul·e. Cela dit à l’équipe : nous sommes une organisation qui prend soin.

📞 Pour aller plus loin, faire intervenir un professionnel, ou former vos équipes à l’accueil du deuil en entreprise : rendez-vous sur le site Happy End. Pour poursuivre la discussion avec Sarah Dumont, contactez-la sur LinkedIn

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